Blog Vivacadémie

Une théorie, voire une légende urbaine, qui est souvent reprise dans des commentaires négatifs à l’encontre des effets supposés du web sur le cerveau humain, consiste à affirmer que notre cerveau perd de son potentiel et de ses capacités à cause de l’usage (exagéré ?) que nous faisons des écrans.

L’internaute aurait vu sa capacité de concentration réduite en dessous de celle du poisson rouge. Le pauvre …

effets du web sur le cerveau

En fait la réalité est un peu différente.

Il faut rentrer dans une analyse un peu plus poussée pour comprendre les problématiques de réduction de l’attention humaine. Nous comparer à des poissons rouges est peut-être exagéré.

De 12 à 8 secondes !

Nous avons déjà évoqué sur ce blog les techniques récentes permettant de capter l’attention des visiteurs de vos pages sur les réseaux sociaux alors que le nombre d’opportunité de les perdre était important.

Cette technique s’appelle « Pitch, Play and Plunge« 

Il est évident que le nombre incalculable de CTA (« Call to action« ) sur les pages qui s’affichent sur un site sont autant de leurres dont l’objectif est d’attirer l’attention de l’internaute et de l’amener à engager une relation avec le site.

Et ça marche, c’est vrai. Cela a-t-il un effet de réduction de notre capacité d’attention pour autant ?

C’est ce que semble indiquer une étude Microsoft de 2015.

En 2015, Microsoft a publié une étude affirmant que la durée moyenne d’attention humaine était tombée à 8 secondes. En 2000 elle était de 12 secondes, ce qui nous rendrait apparemment plus distraits que ces pauvres poissons rouges.

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De 12 à 8 secondes : L’attention des internautes baisse en dessous de celle du poisson rouge !

Ces résultats apparaissent à un moment où les psychologues, les parents et les « experts » en tous genres venaient de réellement comprendre l’étendue des possibilités offertes par l’accès sans limite d’Internet sur les téléphones. Et ses éventuelles menaces sur les jeunes.

C’est à ce moment que certains ont commencé à affirmer que cela «détruisait» notre cerveau. Ils ont donc commencé à essayer de le « prouver ». Ils sont allés jusqu’à en faire « un enjeu de civilisation ». C’est en tous les cas ce que Le Monde rapportait dans un article de 2017.

C’est même le ministre de l’éducation ­nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a défini ce phénomène comme « enjeu de civilisation » . « On est en train d’avoir un impact sur les cerveaux de nos enfants, c’est une question de santé publique », a-t-il déclaré.

Mais en fait nous ne sommes peut-être pas des poissons rouges…

Mais en réalité une autre étude (« A dynamic interplay within the frontoparietal network underlies rhythmic spatial attention », faite un peu plus tard que celle de Microsoft, suggère que bien avant l’invention des téléphones portables, les humains étaient une espèce naturellement distraite.

L’être humain peut en fait se concentrer sur une seule chose toutes les 250 millisecondes ! C’est à dire 4 sujets par seconde !

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Notre cerveau change de focus toutes les 250 millisecondes (Photo Pexels.com)

Il s’agirait même d’un mode de survie qui nous obligerait a rester en veille continue de notre environnement pour détecter d’éventuelles menaces.

Une sorte de réflexe animal primaire qui daterait de la nuit des temps.

Notre cerveau a cette capacité incroyable de pouvoir travailler sur une tâche complexe tout en étant conscient de notre environnement, ce qui fait de nous une créature super réactive.

D’après les chercheurs de Princeton et de Berkeley notre cerveau fonctionne en alternant un éclairage de type « théâtral ».

Eclairage très serré sur un sujet (concentré) puis éclairage diffus (ouvert), comme dans le théâtre quand la salle est allumée et que l’on voit tout le public et les détails du lieu.

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Eclairage de théâtre, comme notre cerveau, concentré ou ouvert (Photo Pexels.com)

Selon Sabine Kastner, professeur de psychologie à Princeton, la perception est en fait discontinue, « passant de manière rythmée par de courtes périodes de temps durant lesquelles nous pouvons plus ou moins percevoir « .

« L’attention est fluide, et il faut qu’elle soit fluide » affirme Ian Fiebelkorn chercheur en neuroscience à Princeton.

« Vous ne voulez pas être sur-verrouillé sur quoi que ce soit. Il semble que ce soit un avantage évolutif d’avoir ces fenêtres d’opportunité où vous vous connectez à votre environnement. »

Il recherche, et démontre, que notre capacité à se concentrer est souvent associée à la réussite d’une tâche et que le cerveau est « câblé » pour être distrait.

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La distraction cognitive est une composante naturelle de notre cerveau (photo Pexels.com)

Autrement dit, nous vivons selon des rafales rythmiques, avec des périodes intermédiaires où le cerveau vérifie le reste de son environnement.

Notre attention n’est donc jamais vraiment soutenue ou continue, offrant une flexibilité critique. Être trop concentré sur un stimulus particulier pourrait autrement nous empêcher de détecter des informations importantes par ailleurs.

En conclusion : Certes notre attention bascule peut-être rapidement lorsque nous utilisons des écrans mais cette supposée incapacité à se concentrer n’est pas un défaut apparu récemment, mais une adaptation, une évolution. Naturelle. Ouf !