Blog Vivacadémie

Nombreuses sont les occasions de s’interroger sur le besoin de générer du « like », du partage, du « follower » lorsque l’on étudie ses canaux de diffusion digitaux. L’engagement des cibles est essentiel au marketing digital moderne. Créer sa notoriété est essentiel. Mais cet engagement est parfois surprenant et certains résultats sont franchement bizarres, pour ne pas dire louches !

ferme à clics

Dans notre monde où la valeur est très souvent évaluée en fonction de la popularité sur le web, une économie en ligne s’est développée pour créer des fans, followers et autres « likes » ou avis bidons.

Les responsables marketing de tout secteur s’interrogent sur la meilleure façon de générer cet engagement en quantité, mais surtout en qualité.

Ils ont tous vus des messages viraux (vidéos, tutos, …) sur Facebook avec des milliers de « j’aime » et de partages. Et ils se sont demandés quels budgets avaient étés investis et comment faisaient les community managers de ces marques pour être aussi efficaces.

Ils s’interrogent également sur certains systèmes de notation / appréciation des clients (les fameuses étoiles) dont les votants ont souvent des profils « anonymes ».

La réponse à leurs questions est peut-être dans un système de « tricherie » connu sous le nom de « ferme à Clics ».

Peut-être avez vous déjà entendu parlé d’achats de « likes », de partages, de fans ou de followers via des agences ou des officines peu recommandables ?

Mais avez vous pris le temps d’essayer de comprendre comment fonctionnaient les mécaniques qui permettent de tricher sur la toile, et en particulier sur les réseaux sociaux ?

Je vais essayer de vous éclairer sur ce sujet.

Ces dernières années, le nombre de fraudes de ce type sur les médias sociaux a considérablement augmenté.

Ceci pour une raison simple : Alors que la demande pour l’animation, la création de campagnes, la génération d’engagement et d’interaction avec les utilisateurs ne cesse d’augmenter, ou le nombre et la qualité des notes (étoiles) sont essentiels, certains ont décidé de profiter de l’opportunité en construisant leur business sur la vente des « j’aime », des partages, ou des followers.

Des structures souvent appelées « fermes à clics » permettent aux entreprises d’acheter des milliers d’interactions factices pour quelques Euros.

Avec plus de vues, de «j’aime», de followers, qui signifient souvent plus de visibilité, de nombreuses entreprises investissent dans ces faux dans l’espoir de générer davantage de ventes et d’accroître leur exposition. Ou de se donner une image de succès.

Mais tout le monde n’en sort pas gagnant.

Tout d’abord les réseaux sociaux eux-mêmes, la qualité des fans et de leur engagement étant la base même de l’équation de commercialisation de leurs espaces.

Si la qualité des visites, utilisateurs, engagement est douteuse, les annonceurs hésiteront à se lancer sur ce type de nouveau media. Leur réputation peut être engagée et ils le savent. J’en parle un peu plus bas dans cet article.

Ils luttent donc pour repérer les structures de clics et les dénoncent aux autorités locales où elles opèrent (principalement en Asie) et pénalisent les sites ou comptes qui utilisent ces techniques frauduleuses.

Ensuite, ceux qui travaillent dans ces fermes à clics. Il s’agit pour la plupart de gens mal payés, travaillant dans des conditions très médiocres (pour ne pas dire pire) et pendant des durées de travail très étendues. Là encore l’Asie est une base idéale.

Un reportage de la chaîne NBC vous l’explique en quelques minutes :

Reportage NBC sur les fermes à clics

Alors, comment fonctionnent ces fameuses fermes ?

Par exemple, une ferme à clics chinoise (mais elle aurait pu être indienne, bengalaise, thaïlandaise, kong kongaise , égyptienne, …), peu technologique et dont le fonctionnement est basé sur un individu qui passe toute la journée à aimer et à cliquer sur les liens ciblés sur des dizaines de téléphones portables.

Vous remarquerez qu’il s’agit d’une installation basique, conçue pour maintenir les téléphones de manière à les rendre facilement accessibles. Pas très « hightech »…

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Ferme à clic « basique »

Plus impressionnant, quelques exemples de structures beaucoup plus importantes. Les Smartphones sont contrôlés à partir d’ordinateurs, le système s’industrialise …

En 2017, en Chine toujours, les autorités ont mis à jour ce qui est à date la plus grande ferme à clics connue : 10.000 smartphones connectés et contrôlés par ordinateur, et des dizaines de milliers de cartes SIM prêtes à être utilisées ! Avec quelques dizaines d’employés qui vont d’un écran à un autre pour « liker », cliquer, partager les contenus.

Dans ces exemples, les structures mises en place utilisent des téléphones mobiles pour fonctionner.

Bien qu’ils n’aient pas techniquement besoin d’utiliser un téléphone portable, beaucoup les choisissent pour leur commodité. Il existe d’autres fermes à clics qui utilisent principalement des ordinateurs comme outil principal, mais cela requière une configuration plus complexe avec davantage de personnel. Pour de nombreux acteurs de ce secteur, le téléphone mobile est donc l’outil par excellence en raison de sa taille, de son prix et de sa flexibilité.

Pourquoi certains utilisent-ils ces fermes à clics ?

Bien sûr, et de façon immédiate, pour augmenter l’exposition de ses contenus, créer l’impression du succès, de l’importance d’une offre ou d’un service. Un contenu « liké » des milliers de fois, une vidéo partagée en volume, une page avec des centaines de followers ou de fans, ça fait bien, ça donne confiance aux autres internautes et donc cela peut attirer du monde. Mais attention aux déceptions. Et aux conséquences …

Une autre raison c’est que c’est incroyablement bon marché, le prix est vraiment bas. Et trouver ce genre de prestataire est très facile sur le web. Quelques exemples :

Pas besoin d’aller chercher sur des sites en Chine ou en Inde, sur Google en France, en tapant « buy followers » voici quelques résultats :

Les prix sont plus qu’attractifs, avec par exemple sur ce site un coût de 13,5 € les 1.000 Like, 22,5 € les 10.000 vues, ou 27 € les 2.500 followers. Pas cher pour se donner l’illusion du succès !

Et en français, avec la requête « achat followers », voici un exemple de résultat :

Et des exemples comme celui-ci j’aurais pu vous en donner sur des pages et des pages, il y a plus de 9 millions de résultats sur Google

Un effet pervers de ces alternatives au travail de fond, c’est que les faux likes et autres followers bidons, amènent des entreprises (ou leurs collaborateurs) à renoncer à leurs campagnes sérieuses et peuvent préférer acheter simplement ces faux engagements d’internautes. À long terme, cela semble coûter beaucoup moins cher et la plupart des gens ne remarqueront même pas la différence entre un vrai et un faux « like ». Mais attention au retour de flamme, si rendre un message (visiblement) viral devient d’une très grande simplicité avec juste une CB et un peu d’argent, les conséquences peuvent être lourdes.

Les fermes de clic sont-elles légales ?

En dehors du côté immoral de la tromperie réalisée auprès des cibles, des internautes qui seront influencés par des informations erronées, les fermes sont également souvent illégales pour de nombreuses autres raisons.

Cette vidéo thaïlandaise montrant une ferme à clic montée par des chinois en Thaïlande de façon illégale en est une illustration. Vous ne parlez pas le Thaï, pas grave, les images parlent d’elles même.

Il semble que les platefomes s’emparent désormais du sujet.

Dans un article paru sur le blog Internet-Formation, il est mentionné que :

« Facebook et Instagram ont porté une action en justice contre 4 entreprises et 3 personnes de la république populaire de Chine. Ces entreprises spécialisées dans la création de faux comptes et faux likes n’en sont pas à leur coup d’essai, et les deux réseaux sociaux confirment d’ailleurs que d’autres plateformes comme Amazon, Linkedin ou Twitter sont aussi touchées par ces mauvaises pratiques. »

« La volonté de Facebook est de montrer à toute entreprise que l’utilisation de leur marque à des fins commerciales est prohibée. Pire, la création de faux contenus et comptes est pénalisable et ne doit pas rester sans réponse, c’est pourquoi Instagram et sa maison-mère ont décidé de porter l’affaire en justice. Il sera compliqué pour les deux entreprises d’empêcher ce fléau, mais c’est plutôt une bonne nouvelle de lutter contre les fraudes de ce type quand on sait le nombre de faux comptes, faux commentaires (…) qui polluent le Web. »

« Dans le communiqué, Facebook et Instagram ont expliqué contre quoi ils avaient convoqué un tribunal à trancher. Voici donc les points qui chagrinent les deux firmes :

  • création et promotion de la vente de faux comptes, likes et abonnés sur Facebook et Instagram ;
  • enfreindre les deux marques sur les sites web d’entités ou personnes extérieures à l’entreprise ;
  • utilisation de noms de domaine utilisant la marque Facebook pour exploiter leurs sites Web (cyber squattage). »

En conclusion :

Les fermes de clics ne sont pas un modèle commercial légitime et utilisent beaucoup de techniques contraires à l’éthique et à la morale pour les rentabiliser.

Considérez le traitement réservé aux employés dans ces fermes au clic et vous pourrez comprendre pourquoi nombre d’entre elles sont illégales.

Prenez en compte l’ineptie qui consiste à juste acheter une visibilité volumétrique tout en sachant que les données qui la compose sont erronées. Et donc l’analyse de la stratégie marketing totalement nulle qui en découle. Plutôt utiliser les bonnes pratiques comme nous le décrivions dans cet article récent : Pitch, Play and Plug